
Sous le capot budgétaire de Fréquence Commune : une coopérative au service de la démocratie
10 février 2026
Chez Fréquence Commune, nous défendons la démocratie directe, la coopération et la gestion démocratique des communs. Cela implique une exigence de transparence, y compris sur nos finances. Cet article explique simplement quel est notre budget, d’où viennent les financements, comment ils sont utilisés, et pourquoi nous avons fait le choix coopératif de rendre 100 % de nos bénéfices impartageables.
Une histoire politique plus qu’économique
Fréquence Commune naît d’une rencontre entre personnes engagées de longue date sur les questions de démocratie et d’éducation populaire. En 2018, lors des rencontres Fearless Cities / Villes et villages sans peur à Barcelone, Élisabeth Dau, Tristan Rechid et Thomas Simon se rencontrent pour la première fois. Ces échanges confirment une conviction partagée : la démocratie directe et la participation citoyenne constituent un mouvement politique de transformation profonde.
En 2019, cette dynamique prend forme avec la création de l’association Action Commune (au singulier), animée bénévolement, pour visibiliser et politiser les expériences des listes citoyennes et participatives qui se lancent à l’assaut des mairies pour les élections municipales de 2020.
En juin 2021, un cap est franchi avec la création de la coopérative Fréquence Commune par ses 9 co-fondateurices : Maya Abdelwahab, Ondine Baudon, Jérémy Coutelle, Bruno Cristofoli, Élisabeth Dau, Éloïse Fontaine, Léa Giraud, Thomas Simon et Tristan Rechid. Au fil de ces années, l’équipe s’est aussi recomposée, avec des arrivées et des départs, pour accueillir aujourd’hui de nouvelles personnes — notamment Mathilde Houzé, Lisa Daoud et Jonas George, — et continuer à faire évoluer collectivement le projet.
Pourquoi une coopérative ?
À l’issue d’un long cheminement collectif, nous avons fait le choix d’une coopérative plutôt qu’une association. Le choix d’une structure juridique d’entreprise nous a semblé cohérent et de nature rassurante pour engager les missions d’accompagnement auprès des collectivités. Elle offre également la possibilité de pouvoir nous rémunérer correctement, sécuriser nos conditions de vie et consacrer une grande partie de notre temps à la démocratie. Le cadre coopératif et de l’économie sociale et solidaire permet de lier directement projet politique, organisation du travail et modèle économique, là où le modèle associatif dissocie souvent engagement militant et activité professionnelle.
La coopérative fait le choix de s’organiser sans chef, en organisant la rotation des responsabilités par cycles.
Depuis 2024, elle met également en travail les questions de répartition du pouvoir, des enjeux de dominations internes et de la place du soin au sein de l’équipe.
La trajectoire financière de 2019 à 2025
Sur le plan financier, notre budget est passé de quelques dizaines de milliers d’euros au lancement, à 300 000 € en 2023, puis 403 000 € en 2024. Selon les années, la saisonnalité de nos activités et les financements, notre équipe repose sur l’activité de 5 à 15 professionnel·les, salarié·es ou prestataires. La clôture des comptes 2025 n’étant pas encore définitive, nous estimons le budget 2025 à 395 000 €, soit un niveau globalement stable autour de 400 000 €.
Nous considérons aujourd’hui ce niveau comme un point d’équilibre : il nous permet de rester une structure à taille humaine, sans volonté de grossir, tout en garantissant notre autonomie et la qualité de notre travail.
Depuis six ans la construction de Fréquence Commune s’est faite avec des revenus salariés, beaucoup de temps bénévole, des difficultés à sécuriser les postes sur le long terme, une recherche d’équité des salaires (entre hommes et femmes, entre les différentes fonctions) et souvent, le recours à des activités complémentaires pour pouvoir continuer à s’engager pleinement dans ce projet.
D’où viennent nos financements ?
Depuis la création de la coopérative, nos ressources se répartissent entre 2021 et 2025 ainsi :
- 57 % de chiffre d’affaires (accompagnements, formations, facilitations)
- 25 % de financements de fondations
- 15 % de dons
- 3 % de parts sociales
Cette diversification est un choix politique : elle garantit notre indépendance et évite toute dépendance à un financeur unique.
Sans que cela ne soit obligatoire, la coopérative a également fait le choix de certifier la sincérité, la régularité et la conformité de ses comptes annuels en s’entourant de l’expertise indépendante d’un commissaire aux comptes.
100 % de réserves impartageables : pourquoi ?
Fréquence Commune est une SCIC. La loi impose aux SCIC d’affecter au minimum 57,5 % des bénéfices aux réserves impartageables. Nous avons fait le choix d’aller plus loin en y affectant 100 % de nos bénéfices.
Concrètement, cela signifie qu’en fin d’année aucun bénéfice n’est redistribué entre nous : les éventuels excédents restent dans la coopérative pour sécuriser son avenir, financer de nouveaux projets ou traverser des périodes plus fragiles. Cela signifie aussi que, contrairement à une entreprise classique, il est impossible de s’enrichir en vendant nos parts sociales : la coopérative ne peut pas devenir un actif spéculatif.
Ce choix permet de :
- sanctuariser l’argent au service du projet,
- construire un outil collectif dans la durée,
- rendre impossible toute logique spéculative,
- rester cohérents avec les valeurs que nous défendons.
Les excédents d’aujourd’hui financent ainsi la capacité d’agir de demain.
Et maintenant
Forts de ces six années d’expérience, nous sommes aujourd’hui en train de recomposer la coopérative et ses activités afin d’assurer à la fois davantage de stabilité interne et une plus grande capacité d’action, au service des communes et des collectifs citoyens qui feront le choix de la démocratie directe et renouvelleront les mairies en 2026.
L’équipe de Fréquence Commune

