Conseils pour préparer l’entre-deux-tours

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7 mars 2026

Dans 10 jours, le premier tour sera passé…

Presque 700 listes citoyennes participatives recensées, c’est bientôt 2 fois plus que le RN qui a finalement plafonné à 405 listes déposées (malgré les effets d’annonce médiatiques..) ! Les interviews médias n’arrêtent pas côté FC, certains mesurent bien la vague citoyenne qui monte (comme France Culture). Le site affiche des records en nombre de visiteurs, et le podcast en nombre d’écoutes. Ayez confiance en vous, on sait que vous donner le maximum, bravo, et force à toutes et tous pour la dernière ligne droite 💪

Comme on anticipe qu’un max d’entre vous iront au 2nd tour, on a fait une émission sur l’entre-deux-tours, pour partager des retours d’expérience, interrogations et conseils pour anticiper et préparer au mieux ce moment aussi crucial qu’express. Ci-dessous, le lien vers le podcast, puis un très court résumé des situations de nos quatre intervenant•es, et enfin on tente une synthèse de leurs retours précieux.

Synthèse des retours d’expérience et apprentissages :

Donnés ici sous forme de conseils, donc évidemment à prendre avec recul et adaptation à votre contexte. On est aussi conscient que les négociations varient notamment fortement selon la taille des communes, mais ces conseils s’appliquent à priori à tout le monde.

1️⃣ Anticipez : la fenêtre décisionnelle ultra-courte (dimanche soir – lundi) peut entrer en contradiction avec la culture participative et le temps long qu’elle nécessite. Préparez-vous dès aujourd’hui, à tous les résultats, vous pouvez être surpris•es ;). Pour ça, écrivez les scénarios possibles (maintien, fusion, retrait), et sondez lesquels sont acceptables pour vous. Établissez vos conditions d’alliance idéale (“lignes vertes”, que vous négocierez en premier), des conditions fortes (“lignes orange”, qui viendront ensuite), et finalement des lignes rouges, non négociables (sans lesquelles vous ne faites pas d’accord). Avoir des élu•es, de mijorité (élu•es avec la majo, puis garde une indépendance) ou de minorité donne un pouvoir conséquent : peser dans les décisions, accès au dossier, moyen de rencontrer les acteurs de la commune, de gagner en visibilité pour la prochaine élection etc. Mais ce pouvoir ne s’obtient pas à tout prix : a-t-on les forces pour se relayer dans l’opposition pendant 6 ou 7 ans ? mieux vaut-il absolument préserver l’identité citoyenne du collectif ?

2️⃣ Sachez ce que vous voulez, et jouez le rapport de force : le résultat n’est pas binaire, victoire ou défaite. La liste arrivée en tête au 1er tour obtient généralement la tête de liste fusionnée. Mais au-delà de ça, une infinité de possibilités s’offrent à vous et dépendent de votre résultat. Ne vous leurrez pas, cette étape se joue au rapport de force. Si on lui préfère souvent des logiques coopératives en interne, ne vous laissez pas faire en externe pour autant. Voulez-vous : l’intégration de mesures de votre programme ? Une gouvernance partagée de la mairie, que les décisions soient prises en équipe municipale et pas par le maire seul par exemple ? Un groupe politique (à partir de 2-3 élu•es selon le règlement intérieur du conseil municipal) pour garder de l’indépendance, avoir un encart dans le journal municipal, parfois des moyens, voire un salarié dans les grandes villes ? Des délégations, des adjointures et lesquelles ? A la ville, et à l’intercommunalité ? Pouvoir faire de la démocratie directe dans vos délégations ? Avoir la moitié des sièges pour des personnes non encartées ? A quelle place sur la liste ? etc.

3️⃣ Fixez la prise de décision : décider aujourd’hui qui va décider et comment (présentiel ou visio, dimanche ou lundi soir, décision à zéro objection ou vote au jugement majoritaire etc.), qui sont les personnes mandatées pour aller négocier (en essayant d’éviter le cumul de casquettes anim / tête de liste / négociateurice / décisionnaire etc.). Gardez en tête que les personnes plus haut sur la liste verront leurs vies pro et perso à priori plus impactées par les décisions, que des personnes certes membre du collectif, mais en fin de liste ou hors liste. Choisissez les pouvoirs décisionnaires en fonction. Contrairement à 2020, la négociation sera très courte, en général 24h-36h (avec ou sans nuit), donc vous pourrez difficilement revenir sur la décision. En tous les cas, et c’est pourquoi il faut que la décision soit bien préparée, une fois la décision prise, elle est prise, ne revenez pas dessus.

4️⃣ Accepter les tensions : la confrontation à la conflictualité, les nombreux enjeux et la pression du temps peuvent créer des tensions, qui viennent s’ajouter aux désaccords stratégiques qui peuvent (ré)émerger. Dites vous d’abord que c’est normal et traversé par de nombreux collectifs. Tentez de prendre soin. En conscience que ce moment peut modifier la membrane du collectif : des candidat•es ne voudront peut-être pas s’allier avec telle liste, ou telle personne, l’une considérera que faire alliance est plus stratégique au long terme, quand l’autre estimera que cela nuit à l’identité citoyenne du collectif, etc. Il est normal que des personnes se mettent en retrait du collectif temporairement ou définitivement. Les objectifs individuels et collectifs sont parfois contradictoires. N’essayez pas d’être d’accord sur tout, osez prendre des décisions claires et collectives, qui parfois créent des élans immenses, parfois des deuils à soigner, et souvent les deux en même temps !

5️⃣ Négociez en restant fidèle à votre identité : la logique de négociation traditionnelle correspond à faire des rdv et appels bilatéraux silotés, pour obtenir auprès de A ce que B nous a refusé etc. Proposez des rdv avec plusieurs listes, osez assumer la confiance du collectif envers les négociateur•ices mandaté•es, ou exiger de faire un aller-retour avec le collectif avant de prendre des décisions. Les autres listes sont souvent peu au fait des méthodes d’intelligence collective déployées dans les LCP, cela peut les inquiéter, ne sous-estimez pas les tensions qu’il peut y avoir de leur côté. Les manques de transparence ou les prises de pouvoir prennent d’autant plus de place dans ces moments cruciaux.

6️⃣ Établissez un “contrat de coopération”, “pacte de gouvernance” : un document qui établit clairement les conditions négociées. Vous pourrez vous appuyer dessus tout au long du mandat, faire des bilans annuels, dénoncer les abus etc. Voici pour exemple le contrat signé par Saint-Médard-en-Jalles Demain.

7️⃣ Écrivez l’histoire : assurez la transparence sur les événements, gardez la main sur le récit. Communiquez sur les négociations sur vos réseaux sociaux infolettre etc., et affirmez votre version des faits. C’est essentiel pour que les médias, les autres listes et les habitant•es aient une version à laquelle se référer, et ne transforment pas votre réalité vécue, au travers de projections et d’interprétations.

8️⃣ Préparez-vous à décevoir : préparez-vous intellectuellement et émotionnellement à un moment qui structurellement, va à l’encontre des habitudes et des manières de faire des LCP, qui met en contact avec la conflictualité, et qui met dans une position de décevoir, souvent très inconfortable. La culture de bienveillance, de respect et d’écoute, que vous créez en interne depuis des mois, sera votre meilleure alliée, pour faire de ce moment un souvenir solide et partagé d’une joie tenace, et d’une détermination collective profonde.

Le mot de la fin :

Selon votre choix, maintien, retrait, ou alliance, il ne vous reste plus qu’à vous reposer… ou à capitaliser sur l’annonce publique de votre décision, vous ancrer dans les gains concrets et durables obtenus ou à venir, pour vous lancer dans une campagne éclair de 4 jours, qui fera de vos communes des phares démocratiques dans la nuit brune souvent annoncée.