✊ Luttes locales et listes participatives : deux formes d’une lutte commune ✊

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22 janvier 2026

❓ Qu’est ce qu’une lutte locale ? Luttes locales et

❓ Qu’est ce qu’une lutte locale ?

Luttes locales et listes citoyennes participatives : des combats qui se rejoignent

Les luttes locales émergent lorsque des collectifs issus de la société civile se mobilisent contre des projets imposés, jugés démesurés et anachroniques. D’autant plus que près d’un quart de ces projets dépassent les 100 hectares*.

Accaparement du territoire, sentiment de déni de démocratie, discours autour du mensonge ou de la corruption constituent un terreau fertile à la naissance de ces mobilisations.

Ces collectifs citoyens de lutte jouent un rôle essentiel : ils renforcent le pouvoir d’agir des habitant·es sur leur territoire et constituent de véritables contre-pouvoirs démocratiques. À bien des égards, ils partagent de nombreux points communs avec les listes citoyennes participatives : capacité à s’organiser collectivement, à mobiliser, à communiquer, et à s’opposer à des choix politiques jugés injustes ou incohérents. Pour cela, divers moyens complémentaires sont activés : recours juridiques, diagnostics territoriaux, contre-projets, pétitions, mobilisations publiques, et aussi parfois désobéissance civile. Souvent, les listes se transforment en contre-projet pour le territoire : elles ne sont pas seulement en opposition, mais deviennent forces de propositions d’alternatives jugées plus cohérentes et justes.

Une différence majeure demeure. Les luttes locales s’organisent le plus souvent pour s’opposer à un projet précis, depuis la société civile. Les listes citoyennes participatives, elles, cherchent à transformer plus durablement les modes de décision, en investissant les institutions. Mais la convergence est claire : dans les deux cas, il s’agit de redonner une place centrale à la population dans les décisions publiques.

* Enquête de Kévin Vacher pour Terres de Luttes “Les Davids s’organisent contre Goliath”

Bannière graphique sur fond boisé bleuté avec le texte"Les Davids s'organisent contre Goliath ; état des lieux des mobilisations locales contre les projets inutiles, imposés et pollués en France"

✊🏛️  Des luttes locales vers les listes citoyennes participatives

Dans de nombreux territoires, les luttes locales ne s’arrêtent pas à l’opposition à un projet : elles deviennent le point de départ de listes citoyennes participatives (LCP). Des collectifs engagés dans des mobilisations jugent pertinent de participer aux élections municipales, pour porter directement leurs préoccupations au sein des conseils municipaux. Cela peut conduire à la création de listes citoyennes, et à l’intégration de conseiller·es municipaux issu·es ou allié·es de ces mobilisations.

Cette transition marque l’émergence d’un contre-pouvoir institutionnel, fondé sur une implication citoyenne durable dans le champ décisionnel.

Les luttes locales agissent aussi comme de véritables écoles d’apprentissage à la vie démocratique : les militant·es développent des compétences sur leurs sujets, organisent des stratégies collectives, apprennent à débattre et à décider ensemble. Nombreux·ses sont celles et ceux qui, après ces expériences, souhaitent aller au-delà de l’interpellation des candidat·es pour proposer des alternatives concrètes depuis l’intérieur des institutions locales.

Des exemples témoignent de ces dynamiques en France :

  • Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence): une lutte officialisée en association mi-2019 contre l’extension d’un supermarché a nourri une démarche citoyenne en vue des municipales. Une liste se crée pour appuyer la lutte (elle organisera notamment des débats citoyens sur le projet), et finit par être élue principale liste d’opposition ! En août 2020, le projet d’extension reçoit un avis défavorable, rendu par la Commission Départementale d’Aménagement Commerciale.

  • Saillans (Drôme) : À Saillans , une mobilisation citoyenne née en 2011 contre un projet de supermarché décidé sans concertation a rassemblé habitant·es et associations autour d’une critique du fonctionnement municipal. Après démarches, manifestations et débats publics, le projet est abandonné en février 2012, renforçant l’idée qu’une autre manière de décider localement est possible. De cette lutte émerge une dynamique politique de long terme : réunions publiques ouvertes, groupes de travail thématiques et construction collective d’une liste citoyenne participative, sans chef de file ni programme figé. Le 23 mars 2014, la liste « Autrement pour Saillans… tous ensemble » remporte les municipales dès le premier tour, faisant de cette lutte locale le point de départ d’une transformation démocratique concrète.

Ces trajectoires montrent comment les luttes locales peuvent irriguer la politique municipale, renforçant ainsi l’ancrage de la démocratie participative dans nos territoires.

⛪ Un exemple étayé de la lutte locale vers les mairies : l’exemple de l’A69

Les communes situées le long du tracé de l’A69, entre Castres et Toulouse (Tarn), offrent aujourd’hui un exemple actuel de mobilisation locale contre un projet autoroutier, qui s’étend au cadre des listes citoyennes et participatives (LCP) du territoire. L’ambition initiale était de faire émerger des listes dans un maximum de communes afin de porter une voix dissidente au sein des conseils municipaux et de construire une coalition autour d’un contre-projet d’aménagement élaboré par l’urbaniste Karim Lahiani. À mesure que l’échéance des élections municipales approchait, cette dynamique s’est concrétisée par le lancement de plusieurs listes.

À Castres, Cuq-Toulza ou encore à Couffouleux-Cadoul, les approches diffèrent, mais poursuivent des objectifs convergents : ouvrir d’autres horizons politiques, traduire les enjeux de la lutte locale en propositions ancrées dans le quotidien, ou encore informer et interpeller la population à partir des espaces institutionnels et plus intuitivement légitimés. Qu’il s’agisse d’une opposition frontale ou plus diffuse au projet d’autoroute, les habitant·es mobilisé·es ont cherché à inscrire leurs revendications dans le champ institutionnel afin de multiplier les lieux de prise de parole.

Dans un contexte où la probabilité de réalisation du projet reste élevée, il s’agit aussi d’investir les espaces de pouvoir pour peser sur les négociations à venir et sur les futurs aménagements du territoire. Cette démarche traduit ainsi l’anticipation d’une lutte appelée à se prolonger, alors même qu’elle est toujours en cours, notamment portée par des collectifs comme La Voie est Libre et les collectifs sans Bitume.

On est impatient de voir ce qui sortira de tout ça les prochains mois, la lutte continue !

🌱 Quand la lutte se poursuit depuis la mairie

Entrer en mairie ne signifie pas abandonner les luttes locales. Au contraire, l’engagement municipal peut leur donner de nouveaux leviers, notamment lorsque les projets contestés sont portés par des institutions publiques. Des élu·es issu·es des mobilisations — ou allié·es — peuvent alors jouer un rôle important : accès à l’information, compréhension des procédures, mise en visibilité des enjeux et légitimation des combats dans l’arène institutionnelle.

Cette articulation entre action citoyenne et engagement municipal permet de prolonger les mobilisations au-delà de la rue, sans perdre leur ancrage local. À Melle (Deux-Sèvres), la mobilisation autour du Village de l’eau — un grand rassemblement citoyen et militant contre les projets de méga-bassines et plus largement d’accaparement de l’eau, mêlant débats publics, formations, actions collectives et alliances entre collectifs, associations et syndicats — a montré comment une lutte territoriale pouvait gagner en portée politique grâce au relais d’élu·es locaux et à l’inscription du conflit dans les espaces institutionnels.

Cette dynamique repose sur une conviction forte : la transformation des territoires ne peut pas être portée par la seule puissance publique. Habitant·es, associations, collectifs, chercheur·euses et acteurs économiques disposent d’expertises complémentaires. Les associer aux décisions, c’est démultiplier la capacité d’action collective. C’est ce que proposent les listes citoyennes et participatives : une politique un pied dedans, mille pieds dehors, où la lutte et les actions ne se cantonnent pas à la mairie, mais s’y prolonge.

Une foule de personnes sur un terrain boisé avec de grandes tentes en fond

⚖️  Entre institutions et veille citoyenne : un équilibre démocratique

Dans certains territoires, l’expérience des luttes locales a conduit à une organisation spécifique : des équipes municipales investies pour porter des propositions au sein des institutions, et, en parallèle, un collectif maintenu à l’extérieur pour assurer une forme de veille citoyenne. Cette dualité est souvent perçue comme la garante d’un équilibre politique durable à l’échelle locale.

Comme le souligne l’étude de Terres de Luttes “Quand la lutte l’emporte,

« Le collectif développe ainsi une théorie implicite de la démocratie où le conflit n’est pas nié mais institutionnalisé à travers des contre-pouvoirs organisés. Cette conception s’inspire directement de l’expérience de la lutte : la victoire contre [un] projet de golf n’est pas vue comme une fin en soi mais comme le point de départ d’une réorganisation plus profonde du pouvoir local. L’enjeu n’est plus seulement de s’opposer à un projet spécifique mais de maintenir une action citoyenne sur le territoire pour créer du lien et pour “pouvoir rêver le territoire un peu ensemble.” »

Cette approche témoigne d’une maturité politique qui dépasse les oppositions simplistes entre « dedans » et « dehors » des institutions, en reconnaissant la conflictualité comme constitutive de la démocratie locale.

Les victoires obtenues par les collectifs permettent également une légitimation par le vote : ces groupes ne sont plus perçus comme de simples « anti-tout », mais comme des acteurs politiques légitimes, capables de défendre l’intérêt général — parfois même avant l’obtention d’un mandat électif.

Enfin, ces succès locaux s’inscrivent de plus en plus dans une dynamique de mise en réseau des luttes territoriales, renforçant la circulation des expériences et des savoirs militants. Certaines initiatives portées par des élu·es, notamment autour de l’habitat léger, illustrent également la manière dont ces enjeux peuvent trouver des prolongements concrets dans l’action municipale.