
Entre-deux-tours, retour sur un contrat de coopération à Saint-Médard-en-Jalles en 2020
27 février 2026
À partir du moment où plus de deux listes se retrouvent sur la ligne de départ d’une élection municipale, il est utile et même indispensable pour une LCP de se demander : « Quel doit être notre positionnement pour le deuxième tour ? »
En 2020, à Saint-Médard-en-Jalles, nous nous étions posé cette question en assemblée générale, qui avait abouti à la décision suivante :
—> Si nous sommes en tête des opposants au maire en place, nous pouvons envisager de nous associer avec la liste de gauche, dans la mesure où il n’y aura pas eu d’« attaques » à nos valeurs et propositions pendant la campagne.
—> Si nous ne sommes pas en tête des opposants, nous nous retirerons pour ne pas contribuer à la réélection du maire en place.
Nous avions alors refermé ce dossier pour nous consacrer à la campagne municipale.
Nous ne savions pas encore que ces élections allaient nous réserver un entre-deux-tours inédit par sa longueur et son atmosphère, puisque, là où un deuxième tour s’est tenu, ce fut trois mois après le premier tour, soit en juin 2020, quelques jours après la fin du premier confinement !
Retour sur cette période d’avant et pendant le Covid :
À Saint-Médard-en-Jalles, en plus de la LCP, issue de notre collectif citoyen « Saint-Médard-en-Jalles DEMAIN » ou SMJD, il y avait trois autres listes :
- l’équipe en responsabilités de droite et de centre droit ;
- une liste d’union de gauche ;
- une liste dite citoyenne dont la tête de liste était, peu de temps avant, le responsable local de « En Marche ».
Le résultat au soir du 15 mars fut le suivant : la liste du maire sortant 38%, la gauche 28%, la liste « En Marche » 17%, SMJD 17%.
Le lundi, au seuil du premier confinement, nous annoncions notre retrait du second tour.
Le mardi, l’annonce du report du second tour des municipales allait changer la donne…
Une réunion se met alors en place entre les trois listes d’opposition et des membres du collectif sont mandatés pour discuter avec les autres listes.Assez vite, notre fonctionnement collectif irrite la tête de liste « En Marche », qui choisit de rejoindre le maire sortant. À eux deux, ils représentent sur le papier 55% des voix du premier tour. La gauche et nous, SMJD, si nous nous associons, 45%.Pendant deux mois, nous allons bosser pour définir les conditions d’une fusion entre nos deux listes. La majorité de ce travail se fait en visio.
Le résultat est un contrat de coopération pour officialiser notre association, validé par DAZO (décision à zéro objection) au sein du collectif.
La signature du contrat de coopération sera le premier acte de notre campagne du second tour, qui se terminera par un joli succès : 52/48.
Ce contrat de coopération était à la fois remarquable et en même temps parfaitement imparfait…
Ses aspects positifs :
Les positions sur la liste de second tour,
Le nombre d’adjoints de part et d’autre,
Les répartitions des délégations,
Le partage des indemnités,
Le schéma de participation citoyenne,
La mise en place d’un comité de suivi
… étaient clairement définis et ont été respectés.
Ses zones plus « floues » :
La gouvernance de l’équipe majoritaire,
La façon de prendre nos décisions en interne,
La manière de partager les indemnités,
L’implication des habitants lors de la mise en place du PPI
… laissaient largement place à l’interprétation.
Ses points manquants :
Le niveau de participation des projets pour lesquels nous irions solliciter les habitants,
Le non-cumul des indemnités des adjoints entre mairie et métropole,
La façon de voter de nos représentants à la métropole de Bordeaux,
Le rôle du cabinet du maire,
La manière de concevoir le budget, de parler des impôts ou de communiquer via le bulletin municipal
… n’avaient pas du tout été abordés pour rédiger notre contrat.
À quelques jours des élections municipales de mars 2026, et donc de l’entre-deux-tours, je vous livre ici mon bilan du mandat 2020-2026 à travers le prisme de notre contrat de coopération. Globalement, tout ce qui était clair et qui ne prêtait pas à interprétation a été parfaitement respecté. En revanche, les zones floues ou les points manquants ont parfois amené des tensions que nous avons plus ou moins réussi à traiter, soit en trouvant des compromis, soit en faisant une croix dessus.
Ce qui, selon moi, a vraiment manqué, ou n’était pas suffisamment explicite, peut se résumer en cinq points :
- La clarté de notre gouvernance interne, de l’animation de notre groupe majoritaire et de nos prises de décisions ;
- Le détail du partage des indemnités et du non-cumul ;
- La façon de voter de nos représentants à la métropole ;
- La création d’un groupe politique au sein de l’équipe majoritaire pour conserver une expression et une identité au conseil municipal et dans les vecteurs de communication de la ville ;
- L’assurance que ce contrat était bien validé et ne posait pas de difficultés majeures, comme c’était le cas dans notre collectif, pour l’ensemble des signataires.
Pour faire un choix pour 2026, notre collectif s’est largement appuyé sur le bilan de ce contrat. Il est positif, malgré les regrets évoqués plus haut, et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de repartir ensemble.
Cette fois, il n’y a pas de contrat et nous verrons au fil du mandat comment les idées et les principes de notre fonctionnement participatif restent ancrés ou se diluent dans un fonctionnement plus traditionnel.
Je souhaite à toutes les LCP de belles campagnes et, à deux semaines du premier tour, il est encore temps de penser à l’entre-deux-tours qui, cette année, ne laissera que 48 h pour prendre une décision.
Bruno Cristofoli
Co-fondateur de Fréquence Commune
Accompagnateur de la Horde de Fréquence Commune

